Chroniques des fées d'hiver - 1ere histoire

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A l’origine des découvertes, il y a toujours un eldorado, une route des Indes, une pierre philosophale, une question trop grande, un mythe dont seuls des illuminés osent parler sans sourire.
— Roland Omnès
 

Avant-propos

Au cas où certains d’entre vous se poseraient la question, les textes des Chroniques des Fées d’Hiver sont des écrits que je vous propose et dont je suis l’unique auteur. Il ne s’agit pas de contes et récits remaniés. Je vous proposerai un recueil de ces chroniques lorsque j’en aurai publié plusieurs. Ce recueil sera téléchargeable via le site mais d’ici là pas d’inquiétude, je vous enverrai un mail pour vous informer :-).

A bientôt !

Prologue

Est-ce que la sagesse s’installe avec la vieillesse ? C’est vrai pour beaucoup et pour d’autres non. Ne sommes-nous pas tous différents et n’est-ce pas cette différence même qui fait le sel de la vie ?

Ah, vous devez me trouver bien pompeux de vous dire de telles choses mais laissez-moi me présenter, je suis le Barde Wilgeric. Il fut un temps, voyez-vous, où nombreux étaient les braves gens qui se déplaçaient pour écouter mes histoires. Je fus écouté et admiré dans de vastes et riches contrées par delà les montagnes et les mers et j’ai eu l’honneur de visiter beaucoup de pays. Et me voilà à présent au crépuscule d’une vie bien remplie à colporter contes et légendes merveilleuses autour de feux accueillants et de longues veillées.

Je pense avoir dans cette vie conté et transmis la plus vaste partie de mes connaissances. Il y a toutefois encore certaines choses que l’on m’a dites, certaines histoires qui me furent confiées, que j’ai jalousement gardées et que je voulais emporter dans le secret de ma tombe. Mais hier j’ai reçu en rêve la visite d’une des leurs. Elle m’a rappelé mon ancienne promesse et m’a conseillé de l’acquitter avant qu’il ne soit trop tard. Je vais donc, aux portes de la mort, vous révéler ce qui me fut confié dans ma jeunesse.

La Promesse

J’étais en ce temps là un jeune barde avide de découvertes et faisais attention à toujours laisser trainer la bonne oreille lors de mes errances. Apprenant de cette façon milles et unes anecdotes que je transformais par la suite en historiettes.

Au cours de l’un de mes voyages, j’appris l’existence des êtres de l’éther et ma curiosité s’en trouva immédiatement piquée. D’après les légendes locales de cette ville où je me trouvais, ces êtres avaient été conçus et désignés dans un seul et unique but. Celui de garder intacte la mémoire de la Terre et les faits et gestes des Dieux.

Et quand je parle des Dieux mes amis, je veux dire TOUS les Dieux, y compris ceux que nous, humains, avons depuis longtemps oubliés. Ces derniers existent depuis que le monde est monde comme chacun le sait. Ils vivent depuis si longtemps que je trouvais aussitôt logique et bien normale, dans mon esprit de barde à l’imaginaire fort développé, l’idée et la création de tels gardiens. Les dites mémoires devaient après tout représenter un volume impressionnant d’informations de toutes sortes.

Aiguillé par ma curiosité, talonné par mon désir ardent d’en savoir plus, je me mis en quête de la demeure de ces êtres de l’éther. Ne possédant que des rumeurs et de vieilles légendes pour seules guides, je gravis de hautes montagnes aux rochers si escarpés qu’ils déchirèrent la peau de mes mains et de mes pieds en plusieurs endroits. Je n’avais cure de mes souffrances cependant mon but, dans mon esprit, était clair. Et c’est ainsi que je parvins, au bout de longs mois de recherches, aux portes de la demeure des êtres de l’éther.

Je crus en cet instant que j’arrivais au bout de mes épreuves mais il n’en était rien. J’eus beau pousser et pousser encore les épaisses portes ouvragées que j’avais devant mois, rien n’y fit. En désespoir de cause, à bout de force, je laissais glisser mon long corps contre les portes austères. Là, assis dans la neige, je rabattis les pans de ma pelisse autour de moi et sorti ma petite harpe de son sac. Jouer m’aidait à la fois à réfléchir et à ne pas sentir la morsure du froid.

Je ne sais pas combien de temps je jouais ainsi, soutenant mes chants des accords de mon instrument, lorsqu’une douce mélodie vint interrompre ma sérénade. Intrigué, je tendis l’oreille. La musique s’intensifia et je pu bientôt distinguer que des voix l’accompagnait.

“Immortelles et irréelles, filles de l’éther nous combattons l’oubli,

Confie-nous, étranger, pourquoi tu joue une si triste litanie,

Gardiennes éternelles des portes de l’éther,

Nous sommes les fées de l’hiver.”

L’harmonieux chapelet terminé, les portes derrière moi s’ouvrirent dans un bruit sourd. Je me relevais bien vite et me retrouvais nez à nez avec une myriade de lucioles qui se mirent à voleter tout autour de moi. Je ne voyais rien d’autre que ces minuscules globes lumineux mais j’entendais. Je distinguais clairement des rires cristallins fusant dans toutes les directions. Mes lumineux guides m’escortèrent ainsi jusqu’à un imposant chalet de rondins dans lequel je pénétrais à leur suite.

Là, je fus bien obligé de constater que je n’étais pas encore au bout de mes surprises. Enveloppées dans cette atmosphère douillette et cotonneuse, les plus magnifiques jeunes femmes que j’ai jamais vu se tenaient devant moi. Des ailes diaphanes et colorées, de différentes formes et de différentes tailles, ornaient leur dos.

— Bienvenue à toi, étranger, m’accueillit l’une d’entre elles en s’adressant directement à mes pensées. Je sursautais mais, surprenant leurs sourires moqueurs, je pris sur moi et fit un gros effort pour contrôler les sauts de cabri que faisaient mon cœur dans ma poitrine.

— Merci bien gentes dames, répliquais-je avec un profond salut, d’une voix que j’espérais la plus naturelle possible.

— Qu’es-tu venu chercher ici ? reprit mon interlocutrice avec nonchalance et de façon tout à fait normale cette fois.

— Je suis venu apprendre, déclarais-je aussitôt. J’ai entendu tant de choses sur vous et toutefois si peu. J’ai tellement de questions à vous poser !

— Eh bien si tel est le cas, nous pouvons satisfaire ta demande étranger, mais pas avant que tu ne nous ai fais une promesse solennelle. Es-tu préparé à cela ?

— Nous verrons bien, qu’attendez-vous de moi ? m’enquis-je bravement

— Nous te savons barde d’excellente renommée, nous te demandons donc de faire connaître les récits que tu entendras ici de la manière qu’il te plaira. Cependant, tu ne pourras jamais révélé l’emplacement de cet endroit à qui que ce soit. Si cela te convient, tu peux t’installer à ton aise voyageur. Nous te conterons quelques unes des histoires des sœurs de l’hiver. Sache toutefois que si tu ne tiens pas ta promesse, c’est un châtiment de milles morts qui t’es réservé.

— Qu’est-ce qu’un châtiment de milles morts, m’enquis-je mal à l’aise.

— Oh, ce n’est pas la bonne question étranger. Si tu respectes ta promesse tu n’auras jamais besoin de le découvrir.

Je saluais une nouvelle fois mes magnifiques hôtesses et, sans ajouter un mot de plus, m’installais à la place libre au coin de l’âtre qui semblais n’attendre que moi.

 
 

Livre “Le Cabinet des Fées” recueil de contes