Chroniques des Fées d'Hiver - 2e histoire

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Première soirée au chalet

Je n’aurais pas cru que moi, Wilgeric le Barde, aurai un jour l’honneur d’écouter de la bouche même des chroniqueuses des Dieux, les récits de ce qui faisait leur vie.

J’étais conscient de la chance qui m’était donnée et j’avais pleinement l’intention de me montrer à la hauteur de la tâche que l’on souhaitait me confier ! Cela dit tout à fait entre nous d’ailleurs, quelle chose étrange que d’entendre ces récits directement dans ma tête. Grâce à ce procédé auquel je commençais à peine à m’habituer, la moindre parole, le moindre soupir même, se retrouvai gravés en ma mémoire aussi profondément que s’ils y avaient toujours été.

Je m’étais rapproché de l’âtre de mes charmantes et délicates hôtesses et c’est ici que, confortablement installé, fut porté à ma connaissance une singulière histoire sur Chronos.

A ce moment-là, je ne savais pas que cette histoire n’était que la première d’une longue lignée du même genre et que je n’étais pas encore au bout de mes surprises…

 
 

Le sablier de Chronos

Ce qu’il faut savoir pour comprendre le récit qui suit, commença la fée qui m’avait parlé en premier, c’est que Chronos n’est pas un dieu bien ordonné. Ce récit commence le jour où ses frères divins en ont eu assez de se cogner à toutes sortes d’objets lorsqu’ils lui rendaient visite. Bien entendu, Chronos étant le maître du temps, il va de soi qu’il était souvent sollicité et ce désordre ambiant était devenu un réel problème.

Il fut ainsi décidé d’envoyer une petite armée de nymphes, réputées pour leur sens de l’organisation, pour ranger une fois pour toutes la demeure du dieu primordial.

La demeure divine était grande, c’était là le moindre de ses défauts, c’est pourquoi l’équipe envoyée était-elle composée de dix nymphes en tout. Lorsqu’elles arrivèrent dans le hall d’entrée, accompagnées du dieu messager Hermès, leur guide, elles n’en crurent pas leurs yeux. Devant elles se dressait un immense sablier façonné dans le cristal le plus pur et s’élevant jusqu’à traverser le plafond du hall pour aller se perdre dans ses couches de nuages blancs et cotonneux. Le socle qui maintenait le sablier droit était en or massif et d’étranges inscriptions, que seul son propriétaire pouvait comprendre, ornait le pourtour de ce dernier.

Prévenu de l’arrivée des nymphes et déjà fort irrité de la décision des autres dieux sur sa demeure, Chronos ne tarda pas à apparaître devant ses hôtes imposés. Sans leur prêter plus d’attention, il marmonna quelques mots inintelligible dans sa large barbe et d’un seul coup, le sablier se retrouva dans la paume de sa main. Il ne mesurait plus que quelques centimètres.

Chronos s’adressa à Hermès d’un ton sans équivoque, mais sans pour autant donner plus d’explications sur ce qu’il venait de faire.

– Je serais dans le royaume des hommes. Je compte sur toi, honorable messager, pour me faire savoir quand tout sera terminé. Pour ma part, je ne veux voir personne, que personne ne me dérange.

Hermès répondit à ces paroles sévères par son habituelle ironie.

– Allons mon ami, ne sois pas si irascible et dis-toi que tu apprécieras mieux l’austérité de ta demeure une fois celle-ci bien ordonnée.

Chronos ne releva pas et s’en alla sans rien ajouter à ce qu’il avait déjà dit. Il descendit s’établir dans une grotte déserte au pied de l’Olympe, bien décidé à n’en pas bouger tant qu’il ne pourrait pas récupérer sa demeure.

Les nymphes firent merveille et il ne leur fallut pas plus de deux jours pour tout ranger et tout nettoyer. Il fut décidé que, pour éviter une nouvelle intervention de cette ampleur, le seigneur des lieux aurait désormais recours à l’aide d’une nymphe de façon régulière.

Notre histoire s’arrêterait là si, dans sa hâte de rejoindre son logis, le maître du temps n’avait pas, par mégarde, égaré son sablier. S’apercevant de la chose une fois chez lui, Chronos redescendit vers la grotte en toute hâte, mais n’y trouva pas le sablier. Or, ce dernier lui était indispensable pour l’aider à réguler le flux du temps. En effet, si le dieu pouvait contrôler le temps seul et sans peine pour deux petits jours, plus cela durerait et plus cela deviendrait gênant. D’ailleurs, quelques anomalies temporelles avaient déjà commencé à se produire ci et là sur l’Olympe. Elles ne tarderaient pas à atteindre le royaume des hommes et si cela arrivait, elles seraient autrement plus difficiles à canaliser. Il fallait rétablir la situation au plus vite. En désespoir de cause, Chronos se décida à marmonner quelques paroles pour faire grandir de 2 ou 3 mètres seulement son précieux artefact pour ainsi mieux le détecter.

Il s’avéra que le sablier avait été repéré par un oiseau qui passait par là, attiré par l’éclat doré du socle de l’objet. A l’appel de Chronos, le sablier grandit, mais celui-ci se trouvait dans un nid à plusieurs mètres du sol. L’arbre qui supportait le nid s’écrasa sous le poids du sablier, infligeant une petite fêlure à ce dernier.

Tout a sa joie d’avoir retrouvé l’irremplaçable outil, Chronos ne remarqua pas la fêlure avant que le sablier n’ait repris sa juste place. Il ne découvrit la brèche que lorsque l’artefact reprit sa taille normale et, effaré, s’empressa de la réparer.

Le mal était fait toutefois, quelques grains de temps s’étaient échappés du sablier alors que son propriétaire le ramenait sur l’Olympe. Ceux-ci se disséminèrent un peu partout sur la terre et dans les mers. Ils se transformèrent en autant de portes temporelles capables de faire voyager les humains d’un endroit à l’autre ou d’une époque à l’autre selon leurs capacités originales propres.

Heureusement, ces portes sont presque totalement indétectables pour les humains, mais cela n’a pas empêché quelques incidents de se produire. Hélas, nous ne pouvons plus rien y changer, conclut ainsi mon hôtesse. Il est certain que d’autres se produiront encore…