Chroniques des Fées d'Hiver - 3e histoire

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Deuxième soirée au chalet

Après la première histoire, mes charmantes hôtesses décrétèrent que c’était l’heure de la 3e collation.

Il faut sans doute que je précise ici que les fées, étant délicates par nature, ont un appétit d’oiseau et à l’instar des chats, grignotent souvent.

Le temps que je pense à graver ces nouvelles informations dans ma mémoire, la 3e collation, délicieusement odorante, avait déjà fait son apparition sur la table du salon. Et parole de Wilgeric, fichtre ça sentait bon !

C’est autour de ce goûter que la fée aux ailes translucides rouges et vertes qui se tenait perchée sur une des grosses poutres du confortable chalet en bois entama son récit.

 

Le Noël des Dieux

Ce qu’il faut savoir pour comprendre le récit qui suit, commença la petite fée haut perchée, c’est que les Dieux aiment faire la fête peu importe le nom que celles-ci peuvent porter.

Il y en a pour tant d’occasion que toutes les énumérer ici serait fastidieux.

C’est pourquoi j’ai choisi de vous conter l’histoire d’une de ses fêtes sur laquelle, fait assez rare pour être mentionné, tous les dieux ont réussi à s’entendre, j’ai nommé : la fête du solstice d’hiver.

Les solstices sont des moments très importants dans une année et les Dieux les célèbrent depuis la nuit des temps.

Cependant, avant que tout le monde ne se mettent d’accord, les fêtes du solstice d’hiver étaient, comment dire, particulièrement chaotiques.

Les divinités de toutes les régions de la terre affluaient alors à la demeure de Lug, Dieu de lumière omnipotent, dans un désordre total.

Jamais à l’heure, les autres déités repartaient après avoir commémoré l’arrivée du solstice et la victoire de la lumière sur les ténèbres en laissant, après leur passage remarqué, un véritable champs de ruine.

Un jour, Lug en eut assez de devoir reconstruire sa demeure après le passage de ses congénères et décréta qu’il cesserait d’être l’hôte et protecteur des fêtes du solstice d’hiver si une solution n’était pas trouvée.

Alarmés, les dieux tinrent conseils mais chacun y allait de sa règle et son avis si bien que cela tournait déjà à la cohue.

Oui, reprit la petite fée, il est sans doute utile de préciser ici que les Dieux, quelle que soit l’époque dont nous parlons, passent leur temps à se quereller pour des broutilles.

Voyant que la situation tournait une fois de plus au vinaigre, Athéna s’interposa, ramenant aussitôt le calme dans la mêlée.

– Lorsque je vous vois ainsi, je ne m’étonne pas que Lug en ai assez. Vous vous comportez comme des enfants d’humains trop gâtés. N’avez-vous donc aucune fierté divine ?

Piqué au vif, Mars se leva pour riposter mais la Morrigan lui adressa un regard courroucé. Athéna était une guerrière, comme elle, et elle respectait tout autant sa grande sagesse.

Le reste de l’assemblée se rangea du côté des deux déesses et Mars, vaincu, se rassit.

Le débat dura deux jours pleins puis il fut décidé qu’Hermès, en tant que grand messager, porterait le fruit de toutes leurs réflexions à Lug qui trancherait.

Hermès rempli sa mission et Lug lui fit savoir qu’il ferait connaître ses décisions lors des prochaines fêtes du solstice qui se tiendraient d’ici quelques temps.

Vint enfin le jour tant attendu. Les dieux se pressèrent aux portes de la demeure du dieu omnipotent qui les reçu avec sa courtoisie habituelle. Les convives prirent places autour de l’immense table couverte de victuailles de façon plus calme que d’ordinaire.

C’est que tous attendaient de connaître les décisions du maître des lieux. Lug ne les fit pas patienter bien longtemps et, lorsque tout le monde fut installé, il se leva pour prendre la parole.

– Mes très chers amis venus de tous les coins de la terre pour célébrer avec dignité ce jour si spécial, voici ce que j’ai décidé pour la fête de ce jour et celles à venir. Vous ne l’ignorez pas, notre devoir en tant que dieux des hommes est aussi de leur donner l’exemple. C’est en tenant compte de tout cela que j’ai pris les mesures que voici. Dorénavant, seuls les dieux et déesses qui festoieront pour le solstice dans la joie, la bonne humeur et le respect de tout ce qui les entoure seront acceptés à cette table. Ma porte restera fermée pour tous ceux qui ne souhaitent pas se plier à ses directives. Je décrète que pour marquer ce jour, je distribuerai, à compter de ce soir, des cadeaux à ceux de mes convives qui se comporteront bien. Pour les autres, sachez que j’ai crée un être aux pouvoirs spéciaux qui se chargera de les punir. Sur ces paroles, Lug se rassit et décréta les festivités ouvertes.

Mars, qui ne devait pas apprécier ce nouvel arrangement outre mesure fomenta un départ de querelle.

Il n’avait pas plus tôt mis son plan en action qu’une large volée de bois vert, sortie de nulle part, vint lui ensanglanter les côtes.

Le dieux batailleur se retourna et aperçu un être enveloppé dans un long manteau aussi noir que la nuit, encapuchonné de façon à ce que personne ne puisse distinguer ses traits d’ailleurs, en avait-il seulement ? En cet instant, Mars n’était pas très sûr.

La seule chose dont il était douloureusement certain c’est que les plaies de ses côtes endolories ne se refermaient.

– Par quelle malédiction est-ce possible ? rugit-il. Un dieu cicatrisait sur le champs d’ordinaire, rien ne pouvait le blesser de façon durable, n’était-il pas immortel. Lug lui apporta ses lumières.

– Merci mon ami de me permettre de démontrer si vite mes propos. Dorénavant, comme tu viens d’en faire l’expérience, celui ou celle qui ne respectera pas la bonne entente des fêtes du solstice d’hiver recevra la visite immédiate de mon serviteur pour le ramener à de meilleures intentions. Si cela ne fonctionne toujours pas, il ou elle sera banni des fêtes pour le restant de son immortalité.

Mars, penaud, ne se fit pas répéter la mise en garde deux fois. Il reprit sa place parmi les convives et, à la fin des libations, eut le plaisir de recevoir un menu présent accompagné d’une note : “ceci pour avoir fait amende honorable et sincère”.

Hermès fut chargé de transmettre cette nouvelle tradition aux humains, toutes ethnies confondues, afin qu’ils calquent, comme toujours, leurs habitudes sur celles des Dieux.

C’est ainsi qu’aux fêtes du solstice d’hiver furent associées l’idée d’un dieux distributeur de cadeaux aux sages et d’un dieu distributeur de coups de bâtons aux querelleurs…