Chroniques des Fées d'Hiver - 5e histoire

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Quatrième soirée au chalet

Le récit de mon hôtesse terminé, je me laissais aller contre le mur en bois du chalet, pensif. Les effets de la digestion de la collation que j’avais avalée un peu plus tôt commençaient à se faire sentir.

Les fascinantes propriétaires des lieux semblaient décidées à me laisser assimiler tout ce qu’elle me révélait à mon rythme et me laissèrent à mes contemplations.

Cependant, cette agréable parenthèse dura peu et je fus bientôt tiré de ma rêverie par un coup léger frappé à la porte.

– Entre, fis simplement la fée qui venait de terminer son anecdote sur les premiers jours de l’année.

 

L’origine des fontaines de jouvence

L’invitée qui venait de faire son entrée dégagea sa tête délicate de la large capuche qui la recouvrait. Puis elle se débarrassa de son long manteau d’un geste précis avant de venir se poster devant la cheminée. Deux magnifiques ailes aux reflets cuivrés se déplièrent sous mes yeux charmés alors que la douce chaleur du feu les revigoraient.

– Quelles sont les nouvelles ? demanda encore la plus âgée de mes hôtesses à la nouvelle venue.

– Tout est rentré dans l’ordre, résuma cette dernière.

– Très bien. Dans ce cas, je pense que c’est le bon moment pour raconter une nouvelle mémoire à notre hôte. Cela vous convient ? questionna l’aînée en m’adressant un joli sourire.

Je me remettais droit, aussi curieux que cela puisse paraître, cette courte pause semblait m’avoir en effet rafraichi le cerveau.

– Je suis toute ouïe, confirmais-je en souriant à mon tour.

La fée aux ailes cuivrées, qui paraissait déjà connaître la raison de ma présence en ces lieux, m’adressa un petit salut de la tête et entama son récit.

Il y a des siècles de cela, Saturne, le plus vieux et le plus sage des Dieux, réclama qu’on le soulage de l’effet du poids des années sur son corps.

Il va sans dire que plusieurs solutions furent envisagées avec le plus grand sérieux, car la dernière chose que souhaitent les divinités, c’est bien d’offenser Saturne. Ses colères, aussi froides et sévères que mémorables, ne sont pas à prendre à la légère.

Mais le temps passa, aucune solution viable ne fut trouvée, et les Dieux commençaient à craindre une prochaine colère. Saturne est une divinité juste et terriblement efficace, le problème, c’est qu’il attend cette même efficacité de la part de tout le monde. Or, comme chacun le sait, le degré d’efficacité chez les uns et les autres n’est pas comparable.

Essayer de faire comprendre ça à un esprit aussi peu flexible que celui du vénérable Ancêtre ? Non merci ! Les démiurges n’étaient pas assez fou pour le tenter.

Bref, tout ce beau monde commençaient à ressentir une certaine panique les gagner lorsque, contre toute attente, Diane, la vierge chasseresse, proposa une chose qui allait mettre tout le monde d’accord.

Il faut peut-être que je précise ici que cette déesse aime passer son temps avec les animaux et que c’étaient ces derniers qui lui avaient souffler l’idée qu’elle exposa à ses divins collègues.

Elle connaissait en effet l’existence d’une minuscule méduse qui, si elle se sentait stressée, en danger ou simplement trop vieille, était capable de régénérer ses cellules et recommencer ainsi son cycle d’évolution à l’infini.

Inspirée par le petit animal, Diane proposa donc une idée inédite : des bains de jouvence disséminés en plusieurs endroits pour en faciliter l’accès au Vénérable Ancêtre.

Les Dieux s’attelèrent aussitôt à la tâche. Ils creusèrent des bassins à des endroits stratégiques, dans les cieux comme sur terre, car Saturne aimait à se promener parmi les humains pour les observer.

Chacun des bassins fut connecté aux sources d’eau chaudes divines auxquelles furent ajoutés différents liquides divin comme l’hydromel ou encore l’ambroisie.

Lorsque tout fut prêt, Saturne fut conduit au bassin situé sur l’Olympe. L’Ancêtre s’y baigna avec complaisance, ressentant aussitôt dans ses vieux os les bienfaits de ces eaux particulières.

Saturne satisfait, ce dernier retourna dans sa demeure avec une carte où avait été noté l’emplacement de chacun des huit bassins que les Dieux avaient crées. Cinq dans les cieux et trois sur terre.

Cependant, un humain eut un jour vent de l’existence de ces eaux miraculeuses, car il trouva l’un des bassins qui avait été placé sur Terre. Il fit un plan de son emplacement qu’il garda jalousement pour son seul usage. Cet humain s’appelait Mathusalem.

Irrités, les Dieux nous envoyèrent nous, les fées, pour protéger les trois bassins terrestres. Nous dissimulâmes ces derniers derrière une multitude de charmes pour les rendre indétectables aux humains.

Depuis, une de nous est désignée pour aller vérifier que ce que vous, humains, appelez les Fontaines de Jouvence, continuent de demeurer cachées…

 
 
 
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