Chroniques des traditions et fêtes du monde - ép. 2

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Histoires insolites de la St Valentin

Bienvenue à l’écoute de cette nouvelle chronique des traditions et fêtes du monde. 

Aujourd’hui, nous allons voyager en France, en Chine et au Japon pour parler d’une fête d’essence commerciale mais qui a aussi sa petite histoire insolite, j’ai nommé la St Valentin. 

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Le village de Saint-Valentin

Au coeur du Berry se trouve un petit village d’un peu plus de 200 âmes qui, s’il est tranquille le reste de l’année, se voit littéralement pris d’assaut le 14 février de chaque année.

Pourquoi cette célébrité ? Parce que le nom du village est éponyme de celui de la fête célébrée tous les 14 février ? Pas que.

Le jardin des amoureux (2).JPG
Par AllymcpatateTravail personnel, CC BY-SA 4.0, Lien

De fait, cette célébrité a été voulue et organisée par un homme, Pierre Rousseau, devenu Maire de la petite commune en 1983 et qui constate avec regret que l’après Fête nationale des amoureux (créé en 1965 pour la France) se fait bien désolante pour son village.

Aidé de ses conseillers municipaux, il élabore l’idée d’un projet susceptible d’attirer les amoureux dans son village toute l’année.

C’est ainsi que naît le Parc des Amoureux, un espace de quatre hectares, où les couples peuvent venir planter un arbre (avec la plaque botanique et le nom du propriétaire).

Ensuite, tout s’enchaîne…

  • un timbre dessiné par Raymond Peynet intitulé “Saint-Valentin” contribue à faire éclater sa popularité

  • Les échos rapportés par les journaux de l’époque sur le petit village attire bientôt l’attention des japonais. Eh oui, au Japon, la fête des Amoureux est beaucoup plus implantée et bien plus célébrée que dans la France des années 80. (le village sera d’ailleurs bientôt jumelé avec un autre village du Japon, Sakuto-Cho

Plat (et lien image) du restaurant “Au 14 Février” dans le village de Saint-Valentin

Plat (et lien image) du restaurant “Au 14 Février” dans le village de Saint-Valentin

Le village développe ensuite avec l’homme d’affaires Masami Kimura un restaurant « Au 14 février » (dont le chef est Jun Kimuya), de même que des partenariat cordiaux et commerciaux avec le « pays du soleil levant ».

Alors oui c’est vrai, tout cela est éminemment commercial mais au-delà de ça, n’est-elle pas sympathique aussi l’histoire de ce petit village ?

La Fête des Amoureux en Chine et au Japon

Cependant, si l’histoire de ce village est cocasse il est tout aussi vrai que le principal reproche fait à la St Valentin, est qu’il ne s’agit pas d’une fête antique mais moderne et surtout très commerciale.

Bien que beaucoup maintenant connaissent l’histoire de Valentin de Terni, qui deviendra en 1496 le “Saint-Valentin patron des amoureux” (pour ceux qui ne la connaissent pas cliquez sur ce lien), la fête en elle-même est en premier célébrée par les anglo-saxons qu’au 16e siècle pour ensuite s’étendre petit à petit au-delà des frontières.

représentation de Qixi (Tanabata pour les japonais)-2.jpg

Mais au-delà de tout ça, il existe une très ancienne fête des Amoureux dans les légendes chinoises, la fête de Qixi, qui deviendra Tanabata au Japon, et qui sont toutes deux très célébrées dans ces deux pays depuis plusieurs siècles.

Qixi, comme Tanabata, raconte la légende du Bouvier (un mortel) et de la tisserande céleste (une déesse), représentés tous deux par les étoiles Altaïr (pour le Bouvier) et Véga (pour la déesse).

Il existe de nombreuses versions de cette histoire, et c’est la version chinoise que j’ai choisi de vous retranscrire ici.

L’empereur céleste avait sept filles toutes plus belles les unes que les autres. La plus jeune, et aussi la plus gentille, était si habile dans l’art du tissage qu’on l’appelait la Tisserande.

Un jour, pour se reposer de leur travail, elle et ses soeurs descendirent sur terre pour se baigner dans une rivière limpide. Près de la rivière vivait un jeune orphelin qui faisait paître les boeufs dans la vallée et vivait avec son frêre aîné et sa belle soeur. Tout le monde l'appelait le bouvier. Il avait alors plus de 20 ans, n'avait pas encore pris femme et travaillait tous les jours du matin au soir.

Sa solitude et sa peine lui avait attiré la sympathie d'un vieux buffle qui vivait jour et nuit avec lui. Ce vieux buffle pouvait comprendre ses paroles et le bouvier les siennes. Au cours des ans, ils étaient devenus de fidèles compagnons partageant ensemble joies et peines.

Ce jour-là, après avoir labouré un lopin de terre, le bouvier mena le buffle au bord de la rivière pour l'abreuver.

C'est alors qu'il vit les sept soeurs se baigner dans la rivière et s'ébattre joyeusement dans l'eau. Toutes étaient très belles, surtout la plus jeune. Comprenant l'émoi du jeune homme, le Buffle lui dit à l'oreille :

- Va prendre les habits qui se trouvent près du saule, et celle que tu aimes deviendra ta femme.

Le bouvier fit deux pas en avant, puis hésita, intimidé.

- Dépêche-toi ! Vous ferez un très beau couple !

Le bouvier s'élança finalement, prit les vêtements de la jeune fille près du saule et fit demi-tour.

Surprises par l'apparition de cet inconnu, les jeunes filles se rhabillèrent en hâte et s'envolèrent dans le ciel.

Seule resta dans l'eau la jeune Tisserande. Le bouvier lui ayant pris ses habits, elle ne pouvait pas sortir et attendait avec impatience, les joues écarlates.

- Bouvier, rends-moi mes habits ! Supplia la Tisserande.

- D'accord, si tu acceptes de devenir ma femme ! Répondit le jeune homme en la regardant amoureusement.

Malgré l'agacement qu'elle éprouvait face à ce jeune homme insolent, l'air sincère et honnête et le regard sentimental du bouvier lui allèrent droit au coeur. Elle hôcha la tête sans mot dire.

Dès lors, le bouvier et la Tisserande devinrent un couple inséparable. L'homme labourait et la femme tissait.

Le temps passa. Quelques années après, le bouvier et la Tisserande avaient un garçon et une fille.

Mais la nouvelle de la vie terrestre de sa fille parvint aux oreilles de l'Empereur Céleste. Furieux qu'on eût ainsi violé la loi céleste, il envoya aussitôt un génie chercher la Tisserande pour la ramener au Ciel.

Contrainte de se séparer de son mari et de ses enfants, la Tisserande pleura de douleur.

Tandis que la Tisserande était escortées jusqu'au Palais céleste, le bouvier ne se consolait pas de la perte de sa femme aimée et les enfants pleuraient après leur mère. Portant ses enfants dans deux paniers au bout d'une palanche, il partit à sa recherche.

Il allait la rejoindre quand la femme de l'Empereur Céleste apparut et s'ingéra dans l'affaire. Elle agita la main, et une rivière large et profonde aux eaux tumultueuses brisa l'avance du bouvier.

Ainsi, des deux côtés de la Voie Lactée, le bouvier et la Tisserande se regardèrent de loin, sans pouvoir se réunir. Très affligé, le bouvier ne voulut pas quitter le bord de la rivière.

De l'autre côté, la Tisserande regardait les vagues impétueuses les larmes aux yeux, refusant de tisser les brocarts célestes.

Devant leur résistance, l'Empereur Céleste dut faire des concessions et leur permit de se retrouver une fois par an.

Depuis, chaque année, le septième jour du septième mois du calendrier lunaire, les pies célestes forment une passerelle provisoire sur laquelle le bouvier et ses enfants rencontrent la Tisserande.

C’est ainsi que depuis l'Antiquité, chaque année, le soir du septième jour du septième mois du calendrier lunaire, beaucoup de gens restent à veiller dehors, contemplant longuement le ciel et les deux constellations de chaque côté de la Voie Lactée, le Bouvier et la Tisserande.

A côté du bouvier scintillent deux petites étoiles ; on dit que ce sont ses enfants qui viennent voir leur mère.

 
 
 
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