Le loup-garou de Maurice

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Pour continuer sur ma lancée des légendes mauriciennes, j'ai décidé aujourd'hui de vous conter une autre histoire de grand-tante Emelyne.

Il s’agit cette fois de la légende du loup-garou de Maurice.

Vous connaissez le rituel à présent n'est-ce pas ?

 

Alors plongeons-nous dans l'ambiance d'une sombre soirée d'hiver après diner (oui il y a bien un hiver à Maurice même si bien sûr il est moins rigoureux que dans nos contrées françaises) et la gent féminine de la maison se retrouve autour d’une tasse de thé fumant et d’un plateau de petits makatia.

Imaginez-vous le contexte, il fait nuit, le vent souffle fort au dehors car nous sommes en période de cyclones, c’est un soir de pleine lune et grand-tante Emelyne entame son récit...

 

La légende du loup-garou de Maurice

 

Avant de commencer mes enfants, il faut que vous sachiez qu'il n'y a encore pas si longtemps de cela, si vous vous réveilliez aux environs de minuit les soirs de pleine lune, vous entendiez le bruit d’un galop effréné comme si un cheval tentait d’échapper à des hordes de démons enragés. Les anciens disaient qu’il ne fallait pas regarder par la fenêtre ces soirs là car si vous veniez à croiser le regard fou de cet animal, vous pouviez en mourir de frayeur.

De quelle créature s'agissait-il en vérité ? Les avis étaient bien mitigés sur ce point et chacun y allait de sa théorie. Certains disaient que c’était un homme, d’autres une femme, d’autres encore soutenaient qu’il s’agissait d’un être mi cheval mi humain quand d’autres enfin affirmaient qu’il avait la gueule d’un loup aux traits humanoïdes possédant un corps de cheval. Mais malgré tout cela, il y avait bien quelques points sur lesquels tout le monde s'accordait. L’animal faisait un vacarme assourdissant en passant sous vos fenêtres, il apparaissait toujours les soirs de pleine lune et poussait des cris à vous glacer le sang.

Les gens finirent par prendre l'habitude d'aller se coucher dans le silence et l’obscurité les nuits de pleine lune par crainte d’attirer l’attention de cet étrange animal qu’ils appelaient désormais le loup-garou de Maurice.

Mais la peur n'étant pas une façon de vivre, un beau jour un des autochtones en ayant assez décida de tenter quelque chose pour y mettre fin. Le fait était connu, le loup-garou avait pour habitude de passer par la croisée des chemins. C’est donc à cet endroit que notre homme choisit de tendre son piège. Il déposa sur le sol un petit tas de grains de riz mélangés à des lentilles et rentra chez lui.

Le lendemain matin, il décida de se rendre à la croisée des chemins pour vérifier que son stratagème avait bien fonctionné. En effet, depuis l’aube les habitants ne tarissaient pas de commentaires en racontant à qui voulait l’entendre que la nuit précédente le loup-garou avait sûrement dû rencontrer la mort car ils n’avaient entendu qu’un seul cri terrifiant puis plus rien alors qu'un silence oppressant s’était emparé de la nuit.

C'est les oreilles remplies de tous ces racontars que notre homme arriva au carrefour et qu'il fut saisi de surprise. Devant lui, occupée à trier puis à compter les grains de riz des lentilles, était accroupie une sublime jeune femme ne portant que pour seuls vêtements ses magnifiques cheveux noirs enroulés autour d’elle. Absorbée par sa tâche, elle ne l’avait pas entendu arriver et sursauta vivement lorsqu’il lui effleura l’épaule. Il réussit à l’apaiser à force de gestes tendres et de paroles douces et pu lui glisser son manteau sur les épaules. Désormais confiante, la jeune femme raconta sa triste histoire à son sauveur.

Des sorciers malgaches lui avait jeté un sort il y avait quelques années de cela car elle avait refusé d’épouser leur chef. Dépités et revanchards, ils l'avaient condamnée à être transformée en loup-garou chaque nuit de pleine lune tant qu'elle n'accepterait pas l'union avec leur chef. Le sort ainsi jeté était tel que seul un sorcier malgache pouvait la désenvouter, mais bien entendu, un tel sorcier n'aurait pas fait un tel acte sans une compensation en retour, celle d'épouser le chef. La jeune femme vivait donc comme une bête traquée depuis. En effet, guidés par ses hurlements, les sorciers ne manquaient pas de venir la tourmenter à chaque pleine lune dans l'espoir de lui extorquer une réponse positive. Cependant, précisa encore la jeune beauté, ses ennemis ne l’avaient pas trouvée cette nuit car elle n’avait poussé qu’un seul et unique hurlement avant de trouver les grains et de se laisser absorber par sa tâche.

L’homme avait écouté en silence l’histoire de la jeune femme et décida de l'inviter à venir résider chez lui en attendant de trouver une solution à son problème. Notre homme connaissait la caste des sorciers malgaches comme tout un chacun et il savait qu'elle était effectivement la plus puissante de l'ile, plus puissante même que celle des sorciers d'Afrique ! S’il voulait délivrer sa belle, le jeune homme allait devoir faire preuve d'autant de courage que de persévérance et d’inventivité.

Il visita alors nombre de sorciers de l’ile mais sans succès et ce fut finalement une très vieille femme qui lui apporta la réponse. Il devait attendre la prochaine pleine lune. Ce jour-là, il devrait asseoir la jeune femme et l’attacher solidement à un piquet en laissant entre ses mains libres un plat de grains de riz et de lentilles mélangés et deux plats vides à côté pour pouvoir les trier. N'étant plus repérable par ses hurlements, elle resterait ainsi invisible aux sorciers qui viendraient la chercher pour la tourmenter. Si le jeune homme agissait de même pendant les cinq prochains soirs de pleine lune et qu'au bout du cinquième mois les sorciers n’avaient toujours pas retrouvé la jeune femme alors le sort serait brisé.

Le jeune homme fit comme il lui avait été indiqué et le cinquième mois, celle qui était depuis devenue son épouse bien aimée fut libérée du joug des sorciers malgaches et donna naissance, quelques mois plus tard, à de magnifiques jumeaux.

 

Le mot de la fin

Il y a quelques temps de cela un lecteur m'a dit qu'il existait un court reportage vidéo sur le loup-garou de Maurice filmé dans les années 1990. Pour les curieux donc, vous pouvez regarder la vidéo du reportage de 1990, diffusé sur Antenne 2 à l'époque, dans l'émission de Bernard Rapp "My Télé is Rich" en cliquant sur la vidéo ci-dessous.

Bon visionnage et à tout bientôt pour une nouvelle légende !

 
 

Merci à Axel pour avoir partagé cette vidéo :-) !